jeudi 1 novembre 2012

"Le pays creux" de William Morris - Editions Aux forges de Vulcain

Très court roman ou nouvelle, Le pays creux est un conte atypique.
Située au Moyen Âge, l'histoire nous fait suivre Florian de Liliis, le narrateur, de son enfance à sa vieillesse. Par ses souvenirs, Florian nous entraîne dans sa vie : depuis l'adoration de son frère aîné jusqu'à la vengeance face à l'affront qui lui était fait ; depuis sa découverte du pays creux jusqu'à sa quête pour le retrouver.
Le pays creux, sorte de paradis alternatif, est le Graal du narrateur et personnage principal, Florian. C'est un lieu enchanteur où Florian rencontre son premier et unique amour. Ce pays creux a de nombreux points communs avec les mondes des Sidhes dans les mythologies celtes : à la fois très proche et hors de portée, le temps semble y couler différemment et on y accède par des sortes de portes magiques situées dans des lieux reculés et réputés hantés. Attention, ici, toutefois, nous sommes dans un roman très chrétien et Florian, très croyant, explique que le Pays Creux est l’œuvre de Dieu. D'ailleurs, ce côté paradis alternatif est renforcé par la nécessité d'avoir trouvé une totale rédemption pour y accéder.
Le point de vue religieux est d'ailleurs quasi omniprésent dans le roman : les chevaliers sont tous très croyants. Le monde où ils évoluent pourrait presque être considéré comme un purgatoire où chacun doit faire son chemin pour choisir entre l'Enfer et le Paradis … et le Pays Creux. Ce caractère religieux chrétien est assez inhabituel dans les contes, bien qu'il puisse y être présent. De mon point de vue, il constitue donc un récit atypique.
La quasi-totalité des éléments classiques du conte est, par contre, présente. L'auteur nous plonge dans un Moyen Âge idéalisé : de valeureux et preux chevaliers à l'esprit vengeur, une vilaine sorcière/reine/usurpatrice, des batailles, une quête, une morale... Si ce n'est pas un conte, qu'est-ce ?
William Morris et son Pays Creux sont considérés comme les fondateurs de l'heroic fantasy comme nous les connaissons aujourd'hui. En effet, à plus d'un titre, ce roman en constitue une œuvre typique, pour ne citer que quelques points classiques du genre : le Moyen Âge, les chevaliers, la magie de la lande et du pays creux. Il apparaît donc logique qu'une telle œuvre ait inspirée d'autres auteurs qui ont ensuite ajouté les briques et développé le genre.

Le vocabulaire, volontairement désuet, voire archaïque utilisé par l'auteur apporte un charme particulier à ce roman du XIXème siècle ce qui, finalement, correspond assez bien au propos. Une remarque toutefois : à mon sens, le récit perd dans la traduction en français. Je m'explique... Loin de moi l'idée de critiquer le travail du traducteur, c'est simplement le fait d'avoir traduit l’œuvre qui me dérange un peu : je n'aurais probablement pas fait les mêmes choix. Ainsi, par exemple, le titre en version originale est The Hollow Land... en tant que geekette en puissance, Hollow Land pour moi c'est comme Hollow Man donc l'homme invisible et par extension « Le pays invisible », plutôt que creux, qui rappelle pourtant le terrier. Passé ce petit souci linguistique, la littérature et le style du XIXème sont, à mon goût, très agréables.
De plus, le style est assez typique de l'époque où le roman a été écrit. En effet, on s'intéresse ici peu aux caractères des personnages : untel est la vengeance, untel permet la rédemption, toutefois on sait peu de choses sur leur caractère intrinsèque. Par contre, on plonge à corps perdu dans les pensées de Florian, dans son analyse des situations a posteriori ainsi que dans les descriptions des lieux, comme si ces derniers et l'action prenaient l'avantage sur l'humain, résumé aux pensées d'un unique individu. Dernière petite remarque au sujet de la forme du récit : j'avoue qu'on est parfois un peu perdu en ce qui concerne l'histoire ou l'action, mais j'ai mis ça sur le compte de l'âge du narrateur à la fin de l'histoire ; après tout il avoue lui même ne plus avoir toute sa tête... Comment, alors, le récit pourrait-il être parfaitement net et structuré ? Les souvenirs, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, puisque leur perception est forcément subjective : elle dépend de ce qu'on était à l'époque et de ce qu'on est lorsqu'on les raconte.

Somme toute, j'ai beaucoup aimé découvrir ce récit à la base de l'heroic fantasy, mon genre de prédilection. Je remercie donc les Éditions Aux Forges de Vulcain ainsi que le Sanctuaire de la Lecture de m'avoir mis ce petit roman entre les mains.

"Vampires d'une nuit de printemps" de Lià Vilorë - Editions du Petit Caveau

Vampires d'une nuit de printemps est un roman d'une jeune auteur francophone Lià Vilorë : comme quoi même dans la langue de Molière il est possible de trouver de bons romans vampiriques !

À la différence de ce que la quatrième de couverture laisse supposer, on n'est pas ici dans un roman policier où on cherche à savoir qui a tué le Maître. L'enquête ne se déroule que dans la deuxième partie du roman. Ce dernier nous conte, en fait, les premiers pas de Lià Fail dans la grande famille des vampires, de sa création jusqu'à l'assassinat de son maître, dont elle est accusée à tort, et elle devra alors prouver son innocence. Le récit nous plonge dans l'univers de vampires atypiques (« kit complet sans les petits inconvénients » de la quatrième de couverture).

Roman vampirique, donc, commençons donc par aborder les vampires selon Lià Vilorë. Ils allient les classiques beauté et sang humain à des aspects plus originaux qu'on emprunte à d'autres créatures de la nuit, comme l'organisation en convent classique des sorcières... Mais la principale entorse au mythe classique des vampires, c'est que ceux-là ne sont pas morts ! Ce qui implique quelques inconvénients, comme celui de devoir se sustenter normalement en plus du sang humain. Chaque suceur de sang a, de plus, un pouvoir particulier. Celui de l'héroïne Lià Fail est tout simplement hilarant ! Bref, Lià Vilorë parvient ici à renouveler leur image tout en conservant leurs caractéristiques classiques : c'est rafraîchissant dans l'univers actuel de profusion d'ouvrages du même type sans grande qualité.
L'autre aspect qui m'a fait adhérer à cette histoire est l'humour de l'ensemble : les personnages, les situations, l'histoire, tout est drôle ! On n'est pas dans l'absurde, mais Lià Vilorë nous offre un récit un brin décalé : de l'impertinence des objets à l'autodérision un brin douteuse de son héroïne, en passant par l'ironie... Les amateurs seront servis... Pour les autres, ma foi, rire est bénéfique pour notre santé. De plus, l'humour omniprésent donne un rythme soutenu au récit : si ce n'est pas l'action c'est un trait d'esprit qui nous occupe. Dans tous les cas, j'aime ça surtout quand l'ensemble est décalé donc forcément ici j'ai été servie !
Enfin, je ne peux vous parler d'humour et des vampires sans mentionner les nombreuses références aux genres de l'imaginaire et à la mythologie celtique. Les références, on aime ou on n'aime pas... mais quand on est fan des littératures de l'imaginaire on ne peut qu'apprécier qu'il y soit fait référence plutôt que de lire une énième copie plus ou moins réussie d'une œuvre marquante du genre. Puis, ça nous rapproche de l'histoire et des personnages : on pénètre mieux dans l'univers du roman.

Passons à présent aux personnages, et en particulier à l'héroïne. Cette dernière, universitaire déchue un brin asociale, se retrouve vampire du jour au lendemain, forcée à côtoyer d'autres vampires et même à cohabiter avec son garde du corps écossais. Lià Fail est très attachante et très humaine : emportée, impulsive, un brin naïve, et perspicace. C'est un personnage complet avec ses forces et ses fragilités. C'est très agréable : les super héros invulnérables... on en a soupé !
Les autres sont également de savants mélanges de forces et de faiblesses. Ils ont chacun leurs histoires plus ou moins lourdes, leurs motivations et leur propre caractère ainsi que leurs particularités. Les informations à leur sujet sont diffusées au compte-goutte tout au long du récit de sorte qu'on en apprend beaucoup sur chacun jusqu'à la fin. On rencontre, sans surprise, de faux méchants et de faux gentils, des amis fidèles et des traîtres. En résumé, toute une collection de individus parfois un brin stéréotypés mais efficaces et sympathiques.

L'ensemble est facile à lire (humour oblige), bien écrit et laisse une agréable sensation de fraîcheur. Si vous aimez les romans vampiriques et que l'humour ne vous effraie pas, Vampires d'une nuit de printemps est fait pour vous. C'est une agréable découverte et j'en remercie sincèrement les Editions du Petit Caveau ainsi que le Sanctuaire de la lecture de m'avoir permis de lire ce sympathique récit. Je suivrai avec intérêt l'auteur et je vais fourrer mon nez dans le catalogue de l'éditeur pour voir s'il nous propose d'autres romans du même acabit : une suite, peut être ?

"La dame sombre" d'Ambre Dubois - Editions du Chat Noir

La Dame Sombre, d'Ambre Dubois, est une plongée au delà du mur d'Hadrien, dans l'Écosse des Pictes lorsque les Romains tentaient d'étaler leur domination sur toute l'Europe occidentale. C'est donc une plongée dans une Histoire lointaine et mal connue auprès d'un des plus méconnus peuples, les Pictes.
Pour se replacer dans l'Histoire, dans les premières siècles après Jésus Christ, les Romains étendent leur autorité sur toutes les terres depuis les îles Britanniques (au sud du mur d'Hadrien) jusqu'aux confins de l'Asie Mineure. Les peuplades d'Écosse repoussées au nord du mur d'Hadrien sont les derniers celtes. A l'heure actuelle, notre point de vue sur l'histoire est celle des Romains et c'est toujours ce point de vue qui nous est présenté. Les Celtes sont des barbares et les Romains apportent les bienfaits de la civilisation, ainsi que le christianisme.
Le point de vue est ici différent. Ambre Dubois nous plonge dans le quotidien entre guerres et superstitions des derniers celtes (bien qu'on ne soit pas sûr que les Pictes étaient des celtes). En fait, dans l'imaginaire ordinaire, les Romains, devenus chrétiens, sont les porteurs de la civilisation et conquièrent les terres barbares des païens ignares et belliqueux (voire plus si manque d'affinité). L'auteur nous dépeint donc les barbares et on les découvre civilisés et très proches de la nature. Ils connaissent les plantes médicinales, vouent un culte à la mère Nature et la respectent profondément. Ils ont des croyances anciennes dont certaines ont perduré jusqu'à aujourd'hui et dont la plupart ont été réutilisées par les chrétiens dans leurs fêtes et leurs rites lors de l'évangélisation des peuples européens. Très documentée, l'auteur nous livre un ensemble cohérent et on prend plaisir à découvrir un peuple, une histoire d'un point de vue original.
Digne héritière des légendes et de la mythologie celte, l'histoire flirte avec le fantastique et la fantasy : la mythologie celte est l'une des bases principales de la fantasy moderne. De la magie, des vampires, des événements ésotériques : le récit colle alors davantage à la culture celte. On est plongé dans un univers riche et documenté sur le folklore de l'imaginaire celte. Vous n'y connaissez rien et à ce stade de ma chronique? Vous vous dites que ce roman n'est pas pour vous parce que vous ne comprendrez rien à toute cette mythologie celtique ? Pas du tout, l'auteur vous donnera toutes les clés pour bien comprendre le récit, sa base historique et mythologique. Vous apprendrez qui étaient les Tuatha de Danaan et les druides. Vous découvrirez une culture, des croyances, des mythologies que vous aurez probablement déjà rencontrée dans d'autres récits qui s'en inspirent.

Tout ça est bien joli, mais y a-t-il bien une histoire derrière tout ça ? En effet, c'est celle de Mévéa, une superbe jeune femme qui se réveille amnésique au pied d'un cromlech. Recueillie par le clan picte de l'Aigle, elle va, peu à peu, trouver sa place et aider le clan à faire face à l'envahisseur romain.
Bien que les ficelles soient parfois un peu grosses, quant à la relation entre Mévéa et Galen par exemple, on ne peut prévoir certains rebondissements et l'ensemble a beaucoup de rythme.
Mévéa, personnage principal et narratrice, est bien mystérieuse : amnésique, elle a des capacités hors normes qui la différencient des autres personnages. Profondément humaine, c'est une héroïne qui allie forces et faiblesses dans un mélange étonnant et réussi.
Les autres personnages sont relativement stéréotypés : Galen est l'archétype du gentil guerrier, par exemple, ou encore Morcant est un vampire classique, bien que pétri d'honneur...
L'originalité ne vient donc pas forcément des personnages, dont certains disparaissent totalement du récit alors qu'ils sont décrits dans le détail. Cependant, l'histoire de La Dame Sombre est agréable : une étonnante trahison dont on ne peut soupçonner l'auteur, ni les motivations. Finalement, ce roman, le premier d'une série, est un excellent premier tome, justement : on découvre un univers riche, on met en place des bases solides et suffisamment vastes pour construire une série qui promet d'être de grande qualité.

Malgré une petite coquille qui m'a dérangée en début de récit, la plume d'Ambre Dubois est à la hauteur de son sujet et la lecture est agréable, sans les lourdeurs et les longueurs de certains classiques du genre.

Une plongée dans une période méconnue de l'Histoire, documentée et convaincante, un récit riche et haletant, La Dame Sombre est assurément l'un de mes coups de cœurs de cette année 2012. J'ai vraiment hâte d'en lire la suite et je tiens à remercier l'auteur Ambre Dubois pour ce partenariat ainsi que le Sanctuaire de la lecture.

jeudi 6 septembre 2012

« L'ère des phalanstères » de Gil Braltard - Editions Céléphaïs


Avant d'entamer ma chronique, je tiens à prévenir que certains passages risquent de révéler des informations sur l'histoire de « L'ère des phalanstères ».

« L’Ère des Phalanstères » est un roman d'anticipation dont l'action se déroule dans un futur proche. Après avoir dévasté la Terre, pour survivre, les humains habitent des phalanstères, cités-Arches peuplés de millions d'individus qui vivent en parfaite autarcie sous le culte de Gaïa, la déesse Terre. Des règles strictes régissent les phalanstères sous la férule des prêtres de Gaïa : « En pensées seulement tu voyageras » parmi d'autres.
Toutefois, les phalanstères et le culte de Gaïa ne sont peut-être pas ce qu'ils semblent être.

L'histoire que nous conte Gil Braltard dans ce premier roman est une fable écologique et une réflexion sur la liberté. Un bon roman d'anticipation doit nous interroger sur nous mêmes et sur notre rapport à la société, à notre planète. Il doit tenter de répondre à des questions comme : « et si on continue sur cette voie, où va-t-on aboutir ? ». Ce roman est une réponse possible à cette question et à plusieurs autres, traditionnelles de l'anticipation. Le monde que nous décrit l'auteur est une société bipolaire entre l'intérieur et l'extérieur des phalanstères.
L'intérieur des phalanstères est une société de loisirs régie par la religion : les activités sont toutes plus ou moins en lien avec les préceptes du culte de Gaïa. Une part importante des loisirs dépend d'un univers virtuel dans lequel les habitants des phalanstères voyagent. Certains humains, les translimits, ne cèdent cependant pas aux règles et cherchent à enfreindre tous les interdits dont le plus important : sortir du phalanstère. Une sortie est une aventure risquée qui peut mener à la mort par AVC.
L'extérieur des phalanstères est également une société de loisirs mais régie par les simples envies et volonté de chacun de ses membres. Envie de dîner au sommet de l'Everest ? Pas de souci prenez votre astrojet et vous y serez en quelques minutes.
Dans les deux sociétés, les êtres humains cohabitent avec des intelligences artificielles, des robots doués de raison et de conscience mais qui ont été programmés pour servir les humains. Les robots sont un thème classique de la science fiction et ceux-ci à l'image de nombres des robots de la littérature tiennent beaucoup des robots d'I. Asimov qui est d'ailleurs cité dans le livre. En parlant des robots, on rencontre aussi le fameux fantôme dans la machine, thème classique du genre que l'on retrouve dans nombres d'oeuvres de science fiction : Matrix, Ghost In the Shell, IA (Asimov encore)...
Thèmes classiques de l'anticipation, thèmes classiques de la science fiction, « L'Ere des Phalanstères » ne paraît donc pas très original. Son originalité, en effet, ne tient pas dans les thèmes abordés mais par les réponses qui y sont apportées ainsi que par la part importante que joue la religion en tant que contrôleur des foules.
Pour finir sur le contenu du roman, ma foi en tant que fan de science fiction ça ne pouvait que me parler.

Passons ensuite aux personnages...
Globalement, je les ai trouvés relativement insipides. De nombreux personnages ont des traits communs et évoluent en parallèle.
Commençons par les deux personnages principaux, Inako et Mikhaïl, deux personnages qui se ressemblent beaucoup de part leur questionnement constant. Ce sont des personnages miroirs. Chacun a besoin d'un autre personnage pour le pousser à continuer d'avancer, ce sera Cassius pour Inako et Watson ainsi que Marcello pour Mikhaïl. Cassius, Watson et Marcello sont du coup plus intéressants mais bien moins développés... dommage. Watson et son impertinence m'ont pourtant beaucoup amusée.
Padre Mishal et le Magister Moore ont tellement de points communs qu'on est pas surpris lorsqu'on découvre qu'ils sont la même personne.
Bref bref, j'ai été un peu déçue par cette galerie de personnages qui finalement passent complètement au second plan derrière l'histoire.
Un dernier détail au sujet des personnages, Tox, le pingouin n'a fait que confirmer ce que je pensais depuis maintenant de longues années : le monde est régi par les pingouins ! Bon ok, si on a pas été au lycée avec moi on ne peut pas autant savourer la présence, l'omniscience et l'omnipotence de ce pingouin mais bon quand même... il faut se méfier des pingouins c'est eux qui dirigent le monde... à moins que ce ne soit les souris comme dans H2G2 mais je m'égare.

L'écriture est soignée, simple et facile d'accès. Si le côté scientifique aseptisé de la science fiction vous rebute, ici vous trouverez votre bonheur. Pas de concept philosophique ou scientifique compliqué, le roman est à mon sens tout public.
On notera cependant quelques maladresses qui peuvent être mises sur le compte d'étourderie ou d'un manque d'expérience : c'est un premier roman. Somme tout ça se lit très bien !
C'est un roman très riche qui met en place beaucoup de bonnes idées, beaucoup de références à la BD, à la science fiction et à l'univers geek dans son ensemble (Tox c'est Tux de Linux non ?). Du coup on en oublie un peu le manque de profondeur des personnages et on s'interroge, on se révolte et on savoure l'action.

Pour finir, ce roman est une très très bonne découverte. Je suis vraiment ravie d'avoir pu le découvrir. Merci aux Editions Céléphais et au forum Accros et Mordus de me l'avoir fait découvrir. Gil Braltard est un auteur que je ne manquerai pas de suivre.

dimanche 2 septembre 2012

"Orages" de Céline Gierts - Editions Chloé des Lys

« Orages » est l'histoire d'un amour et d'une rencontre. D'abord, il y a « Elle » à qui la vie n'a pas fait de cadeaux. Ses enfants en vacances, elle se retrouve seule entre les 4 murs de sa maison. Elle n'a plus de rêve, plus de but, elle est comme extérieure à la vie. Puis il y a « Lui » jeune, libre et plein de rêves et de projets. Enfin il y a LA rencontre : celle qui change leur vie.
« Orages » est un hymne à la vie, à l'amour, à l'humanité. C'est l'histoire de LA rencontre celle qui bouleverse tout ce qu'on pensait sur nous-mêmes et sur notre vie à l'image d'un orage d'été. C'est un roman qui nous rappelle que les émotions que nous ressentons nous font avancer, et que les épreuves ne durent qu'un temps et qu'elles nous construisent. C'est un roman qui nous promet un bel avenir mais qui nous rappelle que le plus important est de vivre le moment présent. Bref c'est un roman à lire !
Un roman d'amour plein de bons sentiments ? Oui et non... « Orages » porte particulièrement bien son titre : les événements racontés sont un orage dans la vie des deux protagonistes. On y rencontre l'amour, la bonté, l'humanisme mais aussi, et surtout, les doutes... Doit-on se laisser atteindre ? Comment doit-on se comporter ? Qu'en diront les voisins ? Doit-on faire taire toutes nos règles, nos conventions et simplement vivre ? « Orages » est une réponse à ces questions. Attention, on n'est pas dans un roman à l'eau de rose gnangnan, ni même dans une vision idyllique de la vie. Les personnages ont leur passé (lourd), leurs fêlures, leurs doutes, leurs espoirs, leurs projets (ou l'absence de projet). Les personnages sont bien construits. « Elle » est particulièrement développée. Elle est un personnage complexe et profond. « Il » est quelqu'un de plus simple car il se contente de ce que la vie lui apporte et construit son avenir tout en profitant du présent. Ces deux êtres que tout oppose au départ vont se trouver et se changer mutuellement.
Les deux protagonistes n'ont pas de noms : ils sont vous, moi, n'importe qui. Cette caractéristique nous permet de nous identifier plus facilement aux héros et de transposer leur histoire à notre propre existence.
Ils parlent peu et on explore le point de vue d' « Elle » : on est dans son esprit. La quasi absence de dialogue donne un aspect très naturel à leur relation. Par comparaison, les parties les plus dialoguées sont celles avec d'autres êtres humains : elles sont plus artificielles. Ce sont des politesses, des obligations. Cette opposition entre le côté naturel de la rencontre et le côté artificiel de la vie humaine est un autre point important du récit. En effet, on a ici, comme dans tous les livres des Editions Chloé des Lys que j'ai pu lire, une histoire profonde à la limite de la spiritualité où le respect de l'autre et de la nature est primordial. C'est un aspect qui me paraît important surtout dans une société aseptisée comme la nôtre.

L'écriture est fluide et simple. Tellement simple que j'ai parfois été un peu perdue : « Elle » et « Lui » n'ont pas de noms comme je l'ai déjà dit... Du coup par moment, les pronoms possessifs « son » et autres « sa » ne me paraissaient pas très clair: je ne savais plus de qui on parlait.

Dans tous les cas, ce défaut reste bien minime par rapport à la qualité de l'ensemble. « Orages » est vraiment un coup de cœur pour moi. J'ai beaucoup aimé cette rencontre et les enseignements qu'on peut en tirer. Merci beaucoup aux Editions Chloé des Lys et au forum Le Sanctuaire de la Lecture pour m'avoir donné la possibilité de découvrir ce petit trésor.

"La Balançoire" de Raymonde Malengreau - Editions Chloé des Lys

« La balançoire » est un court recueil de nouvelles qui porte particulièrement bien son nom. Les nouvelles, oscillant entre espoir et désespoir, nous interrogent et nous déstabilisent.

L'écriture de qualité sert des récits variés et percutants. Ici pas de fioritures linguistiques, on va directement à l'essentiel ce qui, à mon sens, est particulièrement appréciables : des textes concis et bien écrits!

Les nouvelles parcourent des thèmes variés et universels qui vont faire écho à notre propre présent et passé.
De l'enfance qui ne rime pas avec innocence de « La Balançoire » alors qu'elle rime bien mieux avec dans « L'Alcôve » à l'amour absolu dont seuls les enfants sont capables dans « L'arbre à clous », on s'interroge sur ce qu'on était nous mêmes lorsqu'on était enfant. Hors des sentiers battus, on oscille ici entre deux pôles : enfance et innocence à la fameuse cruauté enfantine.
De nombreuses nouvelles nous montrent des choix. Pour le meilleur dans « Marivaudage » ou de façon plus matérialiste dans « Fruit défendu », les choix sont toujours complexes et même avec les meilleures intentions du monde, le mal peut poindre le bout de son nez sans prévenir comme dans « Rédemption », nouvelle particulièrement cruelle.
L'amour est aussi exploré ici : de l'amour pur du protagoniste de « La dame aux coquelicots » à l'amour compétition dans « La Rivale ». Encore une fois, on oscille entre différents points de vue bénéfiques ou pas sur un sentiment, une émotion qu'on connaît tous.
Le recueil nous rappelle aussi quelques vérités comme le fait qu'on est souvent notre propre ennemi, ou qu'on peut se contenter de ce que nous propose la nature et la vie ou encore qu'en l'être humain, le bon et le mal cohabitent et chacun est un savant mélange de ces deux aspects.
« Transhumance » est une fable écologique sur les méfaits de la science et sur le respect de la nature. Sur ce dernier point, elle rejoint « L'arbre à clous ». Cette dernière nouvelle, la dernière du recueil, est probablement la nouvelle que j'ai préférée : cet arbre vénérable m'a en quelque sorte fascinée (les arbres, surtout les vieux arbres, ont cet effet sur moi) toutefois, elle contient une tristesse douce-amère. C'est ce constant mélange de clair-obscur qui m'a interpellé sur ce recueil.

A la fin de la lecture, j'avais un arrière goût âcre dans la bouche : un trop plein de pessimisme mêlé à un brin d'optimisme... puis cette mélancolie de tous les instants.

"La balançoire" est un recueil qui ne peut vous laisser indifférent. Une réussite ? Oui, assurément, mais on attendait peut être un peu plus d'optimisme sur la fin.

Pour conclure, je tiens à remercier les Editions Chloé des Lys et le forum Le Sanctuaire de la Lecture pour cette découverte.

mercredi 6 juin 2012

Naya tome 1 - Natacha Catel - Editions Persée

Naya a 16 ans et cet été ses parents l'envoient en colonie de vacances du jour au lendemain. Quitter sa famille, ses amis est une grande première pour la jeune fille. Elle n'est pas encore arrivée à Astrelof que des choses étranges commencent à se produire. Cette colonie n'est pas aussi normale que Naya le pensait et accompagnée de nouveaux amis qu'elle y rencontre, Naya va mener l'enquête afin de comprendre enfin ce qui se déroule autour d'elle. La jeune héroïne ne sera pas au bout de ses surprises.

Roman jeunesse et premier tome d'une série, forcément ce livre n'est pas aussi abouti qu'on aurait pu l'espérer. L'univers n'est ici qu'entrevu et il est finalement relativement difficile de s'en faire une idée précise. Somme toute, c'est un monde qui semble prometteur et qui devrait permettre à l'auteur d'explorer beaucoup d'aspects de son univers : l'auteur va pouvoir nous emmener n'importe où. Ce point particulier du livre est à mon sens une très bonne chose. En effet, on ne pourra qu'être étonné de la tournure que prendront les événements dans la suite de la série.
D'un point de vue général, l'intrigue paraît simpliste, les épreuves et autres énigmes sont résolues facilement par les personnages. Bref l'ensemble paraît un peu facile. C'est une critique que je ferais à bon nombre de romans jeunesse et ce premier tome des aventures de Naya n'est hélas sans surprise de ce point de vue là. Toutefois, une fois encore, ce premier tome laisse entrevoir des possibilités nombreuses et variées pour une suite plus complexe et construite.
Comme pour le reste du récit, les personnages me paraissent manquer un peu de coffre, de profondeur. Certains personnages qui semblent importants au début, je pense ici en particulier aux amis quotidiens de Naya, disparaissent complètement du récit dès l'arrivée à la colonie. J'ai trouvé ça dommage car l'auteur avait réussi à me convaincre de l'amitié sincère entre ces personnages et du coup j'ai été étonnée de ne plus en entendre parler : pourquoi n'essaient ils pas de contacter Naya ? Et inversement ? Par opposition, j'ai eu plus de mal avec les liens qui relient Naya et ses nouveaux amis à la colonie : j'ai trouvé ça un peu rapide mais finalement assez adolescent.
L'écriture est simple et fluide tout à fait à l'image de ce qu'on attend dans un roman jeunesse.

En résumé, La colonie d'Astrelof est le tome 1 d'une série jeunesse d'héroic fantasy qui n'invente rien, n'approfondit rien. Bref c'est, pour moi, une introduction pour une série qui pourrait tout à fait tirer son épingle du jeu. En attendant de lire le tome 2, je remercie les Editions Persée et le forum du Sanctuaire de la lecture pour ce partenariat.