jeudi 6 septembre 2012

« L'ère des phalanstères » de Gil Braltard - Editions Céléphaïs


Avant d'entamer ma chronique, je tiens à prévenir que certains passages risquent de révéler des informations sur l'histoire de « L'ère des phalanstères ».

« L’Ère des Phalanstères » est un roman d'anticipation dont l'action se déroule dans un futur proche. Après avoir dévasté la Terre, pour survivre, les humains habitent des phalanstères, cités-Arches peuplés de millions d'individus qui vivent en parfaite autarcie sous le culte de Gaïa, la déesse Terre. Des règles strictes régissent les phalanstères sous la férule des prêtres de Gaïa : « En pensées seulement tu voyageras » parmi d'autres.
Toutefois, les phalanstères et le culte de Gaïa ne sont peut-être pas ce qu'ils semblent être.

L'histoire que nous conte Gil Braltard dans ce premier roman est une fable écologique et une réflexion sur la liberté. Un bon roman d'anticipation doit nous interroger sur nous mêmes et sur notre rapport à la société, à notre planète. Il doit tenter de répondre à des questions comme : « et si on continue sur cette voie, où va-t-on aboutir ? ». Ce roman est une réponse possible à cette question et à plusieurs autres, traditionnelles de l'anticipation. Le monde que nous décrit l'auteur est une société bipolaire entre l'intérieur et l'extérieur des phalanstères.
L'intérieur des phalanstères est une société de loisirs régie par la religion : les activités sont toutes plus ou moins en lien avec les préceptes du culte de Gaïa. Une part importante des loisirs dépend d'un univers virtuel dans lequel les habitants des phalanstères voyagent. Certains humains, les translimits, ne cèdent cependant pas aux règles et cherchent à enfreindre tous les interdits dont le plus important : sortir du phalanstère. Une sortie est une aventure risquée qui peut mener à la mort par AVC.
L'extérieur des phalanstères est également une société de loisirs mais régie par les simples envies et volonté de chacun de ses membres. Envie de dîner au sommet de l'Everest ? Pas de souci prenez votre astrojet et vous y serez en quelques minutes.
Dans les deux sociétés, les êtres humains cohabitent avec des intelligences artificielles, des robots doués de raison et de conscience mais qui ont été programmés pour servir les humains. Les robots sont un thème classique de la science fiction et ceux-ci à l'image de nombres des robots de la littérature tiennent beaucoup des robots d'I. Asimov qui est d'ailleurs cité dans le livre. En parlant des robots, on rencontre aussi le fameux fantôme dans la machine, thème classique du genre que l'on retrouve dans nombres d'oeuvres de science fiction : Matrix, Ghost In the Shell, IA (Asimov encore)...
Thèmes classiques de l'anticipation, thèmes classiques de la science fiction, « L'Ere des Phalanstères » ne paraît donc pas très original. Son originalité, en effet, ne tient pas dans les thèmes abordés mais par les réponses qui y sont apportées ainsi que par la part importante que joue la religion en tant que contrôleur des foules.
Pour finir sur le contenu du roman, ma foi en tant que fan de science fiction ça ne pouvait que me parler.

Passons ensuite aux personnages...
Globalement, je les ai trouvés relativement insipides. De nombreux personnages ont des traits communs et évoluent en parallèle.
Commençons par les deux personnages principaux, Inako et Mikhaïl, deux personnages qui se ressemblent beaucoup de part leur questionnement constant. Ce sont des personnages miroirs. Chacun a besoin d'un autre personnage pour le pousser à continuer d'avancer, ce sera Cassius pour Inako et Watson ainsi que Marcello pour Mikhaïl. Cassius, Watson et Marcello sont du coup plus intéressants mais bien moins développés... dommage. Watson et son impertinence m'ont pourtant beaucoup amusée.
Padre Mishal et le Magister Moore ont tellement de points communs qu'on est pas surpris lorsqu'on découvre qu'ils sont la même personne.
Bref bref, j'ai été un peu déçue par cette galerie de personnages qui finalement passent complètement au second plan derrière l'histoire.
Un dernier détail au sujet des personnages, Tox, le pingouin n'a fait que confirmer ce que je pensais depuis maintenant de longues années : le monde est régi par les pingouins ! Bon ok, si on a pas été au lycée avec moi on ne peut pas autant savourer la présence, l'omniscience et l'omnipotence de ce pingouin mais bon quand même... il faut se méfier des pingouins c'est eux qui dirigent le monde... à moins que ce ne soit les souris comme dans H2G2 mais je m'égare.

L'écriture est soignée, simple et facile d'accès. Si le côté scientifique aseptisé de la science fiction vous rebute, ici vous trouverez votre bonheur. Pas de concept philosophique ou scientifique compliqué, le roman est à mon sens tout public.
On notera cependant quelques maladresses qui peuvent être mises sur le compte d'étourderie ou d'un manque d'expérience : c'est un premier roman. Somme tout ça se lit très bien !
C'est un roman très riche qui met en place beaucoup de bonnes idées, beaucoup de références à la BD, à la science fiction et à l'univers geek dans son ensemble (Tox c'est Tux de Linux non ?). Du coup on en oublie un peu le manque de profondeur des personnages et on s'interroge, on se révolte et on savoure l'action.

Pour finir, ce roman est une très très bonne découverte. Je suis vraiment ravie d'avoir pu le découvrir. Merci aux Editions Céléphais et au forum Accros et Mordus de me l'avoir fait découvrir. Gil Braltard est un auteur que je ne manquerai pas de suivre.

dimanche 2 septembre 2012

"Orages" de Céline Gierts - Editions Chloé des Lys

« Orages » est l'histoire d'un amour et d'une rencontre. D'abord, il y a « Elle » à qui la vie n'a pas fait de cadeaux. Ses enfants en vacances, elle se retrouve seule entre les 4 murs de sa maison. Elle n'a plus de rêve, plus de but, elle est comme extérieure à la vie. Puis il y a « Lui » jeune, libre et plein de rêves et de projets. Enfin il y a LA rencontre : celle qui change leur vie.
« Orages » est un hymne à la vie, à l'amour, à l'humanité. C'est l'histoire de LA rencontre celle qui bouleverse tout ce qu'on pensait sur nous-mêmes et sur notre vie à l'image d'un orage d'été. C'est un roman qui nous rappelle que les émotions que nous ressentons nous font avancer, et que les épreuves ne durent qu'un temps et qu'elles nous construisent. C'est un roman qui nous promet un bel avenir mais qui nous rappelle que le plus important est de vivre le moment présent. Bref c'est un roman à lire !
Un roman d'amour plein de bons sentiments ? Oui et non... « Orages » porte particulièrement bien son titre : les événements racontés sont un orage dans la vie des deux protagonistes. On y rencontre l'amour, la bonté, l'humanisme mais aussi, et surtout, les doutes... Doit-on se laisser atteindre ? Comment doit-on se comporter ? Qu'en diront les voisins ? Doit-on faire taire toutes nos règles, nos conventions et simplement vivre ? « Orages » est une réponse à ces questions. Attention, on n'est pas dans un roman à l'eau de rose gnangnan, ni même dans une vision idyllique de la vie. Les personnages ont leur passé (lourd), leurs fêlures, leurs doutes, leurs espoirs, leurs projets (ou l'absence de projet). Les personnages sont bien construits. « Elle » est particulièrement développée. Elle est un personnage complexe et profond. « Il » est quelqu'un de plus simple car il se contente de ce que la vie lui apporte et construit son avenir tout en profitant du présent. Ces deux êtres que tout oppose au départ vont se trouver et se changer mutuellement.
Les deux protagonistes n'ont pas de noms : ils sont vous, moi, n'importe qui. Cette caractéristique nous permet de nous identifier plus facilement aux héros et de transposer leur histoire à notre propre existence.
Ils parlent peu et on explore le point de vue d' « Elle » : on est dans son esprit. La quasi absence de dialogue donne un aspect très naturel à leur relation. Par comparaison, les parties les plus dialoguées sont celles avec d'autres êtres humains : elles sont plus artificielles. Ce sont des politesses, des obligations. Cette opposition entre le côté naturel de la rencontre et le côté artificiel de la vie humaine est un autre point important du récit. En effet, on a ici, comme dans tous les livres des Editions Chloé des Lys que j'ai pu lire, une histoire profonde à la limite de la spiritualité où le respect de l'autre et de la nature est primordial. C'est un aspect qui me paraît important surtout dans une société aseptisée comme la nôtre.

L'écriture est fluide et simple. Tellement simple que j'ai parfois été un peu perdue : « Elle » et « Lui » n'ont pas de noms comme je l'ai déjà dit... Du coup par moment, les pronoms possessifs « son » et autres « sa » ne me paraissaient pas très clair: je ne savais plus de qui on parlait.

Dans tous les cas, ce défaut reste bien minime par rapport à la qualité de l'ensemble. « Orages » est vraiment un coup de cœur pour moi. J'ai beaucoup aimé cette rencontre et les enseignements qu'on peut en tirer. Merci beaucoup aux Editions Chloé des Lys et au forum Le Sanctuaire de la Lecture pour m'avoir donné la possibilité de découvrir ce petit trésor.

"La Balançoire" de Raymonde Malengreau - Editions Chloé des Lys

« La balançoire » est un court recueil de nouvelles qui porte particulièrement bien son nom. Les nouvelles, oscillant entre espoir et désespoir, nous interrogent et nous déstabilisent.

L'écriture de qualité sert des récits variés et percutants. Ici pas de fioritures linguistiques, on va directement à l'essentiel ce qui, à mon sens, est particulièrement appréciables : des textes concis et bien écrits!

Les nouvelles parcourent des thèmes variés et universels qui vont faire écho à notre propre présent et passé.
De l'enfance qui ne rime pas avec innocence de « La Balançoire » alors qu'elle rime bien mieux avec dans « L'Alcôve » à l'amour absolu dont seuls les enfants sont capables dans « L'arbre à clous », on s'interroge sur ce qu'on était nous mêmes lorsqu'on était enfant. Hors des sentiers battus, on oscille ici entre deux pôles : enfance et innocence à la fameuse cruauté enfantine.
De nombreuses nouvelles nous montrent des choix. Pour le meilleur dans « Marivaudage » ou de façon plus matérialiste dans « Fruit défendu », les choix sont toujours complexes et même avec les meilleures intentions du monde, le mal peut poindre le bout de son nez sans prévenir comme dans « Rédemption », nouvelle particulièrement cruelle.
L'amour est aussi exploré ici : de l'amour pur du protagoniste de « La dame aux coquelicots » à l'amour compétition dans « La Rivale ». Encore une fois, on oscille entre différents points de vue bénéfiques ou pas sur un sentiment, une émotion qu'on connaît tous.
Le recueil nous rappelle aussi quelques vérités comme le fait qu'on est souvent notre propre ennemi, ou qu'on peut se contenter de ce que nous propose la nature et la vie ou encore qu'en l'être humain, le bon et le mal cohabitent et chacun est un savant mélange de ces deux aspects.
« Transhumance » est une fable écologique sur les méfaits de la science et sur le respect de la nature. Sur ce dernier point, elle rejoint « L'arbre à clous ». Cette dernière nouvelle, la dernière du recueil, est probablement la nouvelle que j'ai préférée : cet arbre vénérable m'a en quelque sorte fascinée (les arbres, surtout les vieux arbres, ont cet effet sur moi) toutefois, elle contient une tristesse douce-amère. C'est ce constant mélange de clair-obscur qui m'a interpellé sur ce recueil.

A la fin de la lecture, j'avais un arrière goût âcre dans la bouche : un trop plein de pessimisme mêlé à un brin d'optimisme... puis cette mélancolie de tous les instants.

"La balançoire" est un recueil qui ne peut vous laisser indifférent. Une réussite ? Oui, assurément, mais on attendait peut être un peu plus d'optimisme sur la fin.

Pour conclure, je tiens à remercier les Editions Chloé des Lys et le forum Le Sanctuaire de la Lecture pour cette découverte.