Avant d'entamer ma chronique, je tiens à prévenir que certains passages risquent de révéler des informations sur l'histoire de « L'ère des phalanstères ».
« L’Ère des Phalanstères » est un roman d'anticipation dont l'action se déroule dans un futur proche. Après avoir dévasté la Terre, pour survivre, les humains habitent des phalanstères, cités-Arches peuplés de millions d'individus qui vivent en parfaite autarcie sous le culte de Gaïa, la déesse Terre. Des règles strictes régissent les phalanstères sous la férule des prêtres de Gaïa : « En pensées seulement tu voyageras » parmi d'autres.
Toutefois, les phalanstères et le culte de Gaïa ne sont peut-être pas ce qu'ils semblent être.
L'histoire que nous conte Gil Braltard dans ce premier roman est une fable écologique et une réflexion sur la liberté. Un bon roman d'anticipation doit nous interroger sur nous mêmes et sur notre rapport à la société, à notre planète. Il doit tenter de répondre à des questions comme : « et si on continue sur cette voie, où va-t-on aboutir ? ». Ce roman est une réponse possible à cette question et à plusieurs autres, traditionnelles de l'anticipation. Le monde que nous décrit l'auteur est une société bipolaire entre l'intérieur et l'extérieur des phalanstères.
L'intérieur des phalanstères est une société de loisirs régie par la religion : les activités sont toutes plus ou moins en lien avec les préceptes du culte de Gaïa. Une part importante des loisirs dépend d'un univers virtuel dans lequel les habitants des phalanstères voyagent. Certains humains, les translimits, ne cèdent cependant pas aux règles et cherchent à enfreindre tous les interdits dont le plus important : sortir du phalanstère. Une sortie est une aventure risquée qui peut mener à la mort par AVC.
L'extérieur des phalanstères est également une société de loisirs mais régie par les simples envies et volonté de chacun de ses membres. Envie de dîner au sommet de l'Everest ? Pas de souci prenez votre astrojet et vous y serez en quelques minutes.
Dans les deux sociétés, les êtres humains cohabitent avec des intelligences artificielles, des robots doués de raison et de conscience mais qui ont été programmés pour servir les humains. Les robots sont un thème classique de la science fiction et ceux-ci à l'image de nombres des robots de la littérature tiennent beaucoup des robots d'I. Asimov qui est d'ailleurs cité dans le livre. En parlant des robots, on rencontre aussi le fameux fantôme dans la machine, thème classique du genre que l'on retrouve dans nombres d'oeuvres de science fiction : Matrix, Ghost In the Shell, IA (Asimov encore)...
Thèmes classiques de l'anticipation, thèmes classiques de la science fiction, « L'Ere des Phalanstères » ne paraît donc pas très original. Son originalité, en effet, ne tient pas dans les thèmes abordés mais par les réponses qui y sont apportées ainsi que par la part importante que joue la religion en tant que contrôleur des foules.
Pour finir sur le contenu du roman, ma foi en tant que fan de science fiction ça ne pouvait que me parler.
Passons ensuite aux personnages...
Globalement, je les ai trouvés relativement insipides. De nombreux personnages ont des traits communs et évoluent en parallèle.
Commençons par les deux personnages principaux, Inako et Mikhaïl, deux personnages qui se ressemblent beaucoup de part leur questionnement constant. Ce sont des personnages miroirs. Chacun a besoin d'un autre personnage pour le pousser à continuer d'avancer, ce sera Cassius pour Inako et Watson ainsi que Marcello pour Mikhaïl. Cassius, Watson et Marcello sont du coup plus intéressants mais bien moins développés... dommage. Watson et son impertinence m'ont pourtant beaucoup amusée.
Padre Mishal et le Magister Moore ont tellement de points communs qu'on est pas surpris lorsqu'on découvre qu'ils sont la même personne.
Bref bref, j'ai été un peu déçue par cette galerie de personnages qui finalement passent complètement au second plan derrière l'histoire.
Un dernier détail au sujet des personnages, Tox, le pingouin n'a fait que confirmer ce que je pensais depuis maintenant de longues années : le monde est régi par les pingouins ! Bon ok, si on a pas été au lycée avec moi on ne peut pas autant savourer la présence, l'omniscience et l'omnipotence de ce pingouin mais bon quand même... il faut se méfier des pingouins c'est eux qui dirigent le monde... à moins que ce ne soit les souris comme dans H2G2 mais je m'égare.
L'écriture est soignée, simple et facile d'accès. Si le côté scientifique aseptisé de la science fiction vous rebute, ici vous trouverez votre bonheur. Pas de concept philosophique ou scientifique compliqué, le roman est à mon sens tout public.
On notera cependant quelques maladresses qui peuvent être mises sur le compte d'étourderie ou d'un manque d'expérience : c'est un premier roman. Somme tout ça se lit très bien !
C'est un roman très riche qui met en place beaucoup de bonnes idées, beaucoup de références à la BD, à la science fiction et à l'univers geek dans son ensemble (Tox c'est Tux de Linux non ?). Du coup on en oublie un peu le manque de profondeur des personnages et on s'interroge, on se révolte et on savoure l'action.
Pour finir, ce roman est une très très bonne découverte. Je suis vraiment ravie d'avoir pu le découvrir. Merci aux Editions Céléphais et au forum Accros et Mordus de me l'avoir fait découvrir. Gil Braltard est un auteur que je ne manquerai pas de suivre.