dimanche 25 mars 2012

En passant par Israël de Mireille Pierson - Editions Chloé des Lys

Roman initiatique classique, En passant par Israël nous fait partager la vie de Laura. Troisième fille d’une famille modeste, Laura est une surprise. Cet état de fait la poussera sans arrêt à rechercher sa place auprès de ses proches. Il s’agit donc d’une plongée dans la construction d’une personne, d’une personnalité. Nous suivons Laura de sa plus tendre enfance à l’accomplissement de sa construction: quand elle se retrouve enfin entière et en accord avec elle-même.

Ce court roman est donc avant tout un chemin: le parcours d’une âme pour trouver sa place dans ce bas-monde. Il pioche à la fois dans la psychologie, la psychanalyse ou la philosophie.
Il y a d’abord l’enfance et ses blessures indélébiles qui forgent un individu. Il y a ensuite le drame dans toute son horreur et son traumatisme. Puis il y a le voyage et la découverte progressive de soi et de son âme. Enfin il y a la délivrance: l’acceptation de son être dans son intégralité et l’acceptation de la vie dans ses douleurs et ses joies.
C’est donc ce parcours que nous livre l’auteur dans un récit où se mêle ombre et lumière à l’image de la vie. Laura c’est vous... c’est moi... c’est chacun de nous et personne à la fois.
Malgré une nette bonne volonté l’auteur n’arrive toutefois pas à sortir des poncifs ordinaires ultra connus de la psychologie et de la spiritualité. Rien d’original à attendre de ce côté là.

Du côté des personnages, l’auteur nous peint des personnages suffisamment complexes et cohérents.
Touchante, son héroïne Laura l’est assurément. Elle est le personnage principal. L’auteur nous montre comment se crée ses blessures et les moyens que le personnage met en œuvre pour s’en affranchir, s’en guérir. Sa psychologie est donc très poussée et c’est un personnage très construit.
Autour de Laura gravite sa famille:
- sa mère, une femme forte, le pilier sur lequel chacun s’appuie.
- Son père qui sera le catalyseur des blessures, un homme fragile.
- Et ses sœurs qui mettent en lumière la différence de construction de soi dans une même fratrie et illustrent parfaitement qu’une même situation aura des effets fort différents sur les individus selon leur tempérament ou leur vécu respectif.
La vie ce n’est pas que soi et sa famille c’est aussi les amis, les rencontres, les épreuves... Assez manichéen sur ce point, les amis de Laura vont systématiquement l’aider à avancer. Alors que d’autres personnages qu’on ne peut pas qualifier d’ennemis vont systématiquement lui porter préjudice. Peu de personnages arrivent à faire le lien entre ces deux extrêmes. Citons José ou Djon qui sont de parfaits ersatz du père de Laura. Au passage, rien de bien étonnant: c’est de notoriété publique qu’on recrée régulièrement les mêmes situations.
Dans l’ensemble les personnages sont donc plutôt manichéens mais suffisamment construits pour être crédible.

La vie de Laura est détaillée, l’auteur analyse parfaitement la construction de son personnage, comment les événements l’ influencent, le changent. Sans s’affranchir des classiques du genre, c’est un roman initiatique efficace. Emprunt de spiritualité, on a l’impression que l’auteur y a déversé beaucoup de sa personne et de son propre parcours. Un petit bémol ce pendant, à titre personnel, j’ai trouvé que la mise en place des petites fêlures de l’héroïne prennent beaucoup de place par rapport à ses démarches de construction de soi et de spiritualité. Puis quand tout va enfin bien pour elle c’est fini... à croire qu’on ne pouvait être spectateur/lecteur que des noirs passages de la vie de Laura et que son HappyEverAfter est privée et qu’il serait indiscret de chercher à en savoir davantage. J’admet volontiers que l’important n’est pas le but mais le chemin. Cependant, j’ai eu une impression de fin un peu trop rapide. L’enfance est extrêmement développé puis les étapes sont de moins en moins développé comme un grand coup d’accélérateur sur le chemin. Petit bémol donc pour moi de ce côté là.
Passons à présent à un aspect plus technique... L’écriture est simple et accessible. Le roman est facile à lire et vraiment abordable ce qui est un gros point positif pour le genre. En effet, les romans initiatiques sont souvent difficiles à lire par leur digression philosophique intempestive. Ici, bien que le roman soit nettement affilié à la catégorie de part ses thèmes abordés et il reste un livre agréable et Mireille Pierson une auteure à suivre.


En résumé, des défauts, des qualités, En passant par Israël est un premier roman d’une auteure à suivre. C’est une agréable découverte et je remercie grandement les Editions Chloé des Lys et le forum Accroc et Mordu pour m’avoir permis de le lire.

L’ange gardien de Marie Claire George - Editions Chloé des Lys

25 nouvelles composent ce recueil. 25 tranches de vie. 25 récits courts et percutants.

Autant le dire tout net, en général j’aime les recueils de nouvelles. En fait j’aime le format de la nouvelle, sans fioriture, directement à l’essentiel. Ici j’ai été servie! Ces nouvelles sont autant de petites merveilles très efficaces.
L’écriture est de qualité: fluide et contemporaine. Les personnages, les situations sont touchantes, elles trouvent leur chemin jusqu’à l’imaginaire sans détour. Puis il en ressort une impression de tendresse et de sourire. Que ce soit par le voyage ou le plus infime événement de la vie quotidienne, Marie Claire George sait nous surprendre et nous faire partager les sentiments de ses personnages avec talent.
L’auteure nous rappelle également quelques grandes vérités importantes: il ne faut présager de rien ni de l’avenir d’un individu ni de sa personne. Un brin moralisateur me direz vous? Oui mais c’est si bien apporté que finalement on en reprendrait bien une couche de ces bons sentiments.

La première nouvelle est l’Ange Gardien. Il s’agit donc de la nouvelle qui donne son titre au recueil. C’est aussi celle dont une citation orne le quatrième de couverture:
«A votre âge, Arthur, vous pouvez prendre vos responsabilités. Je vous laisse quarante-huit heures pour découvrir une nouvelle vie à accompagner. Hâtez-vous, nous n’avons que faire d’anges oisifs. Le monde est aujourd’hui d’un danger! Croyez-moi, il y a de l’ouvrage pour tout le monde au paradis!»
Citation et nouvelle à l’image du recueil: à la fois drôle, légère et profonde. Cette première nouvelle est peut être même ma préférée du recueil. L’ange gardien Arthur et ses états d’âme m’ont amusée et touchée. On s’interroge aussi et on se prend à espérer qu’un ange gardien veille au dessus de notre épaule et qu’il nous guide de son mieux.

En souvenir de Salvador la nouvelle suivante m’a moins touchée. Ayant pour thème l’amour, elle m’a laissé un sentiment de mélancolie qui m’a légèrement déplu.

Le sourire d’Emilie, la troisième nouvelle, se dispute ma préférence (avec l’Ange Gardien). Je l’ai trouvé étonnante et extrêmement sensible. Elle nous pose aussi des questions: nous intéressons-nous réellement aux autres? à nos amis? à nos voisins? à ceux qui semblent seuls?

Aniadoué, la fille de la Lune est une nouvelle un peu moins politiquement correcte puisqu’elle nous conte les derniers mots d’un homme pour sa maîtresse. Une nouvelle remplie d’amour et sentiment. Une belle histoire d’amour.

Pour l’amour d’un desperado mêle avec brio les thèmes majeurs de ce recueil: le voyage, l’amour, et les faux semblants. Je m’explique, comme pour quasiment toutes les nouvelles les personnages ne sont pas uniformes. Ils ont une apparence donnée et un monde intérieur extrêmement riche et souvent en contradiction avec leur apparence. Marie Claire George nous rappelle ici qu’il ne faut jamais juger les sur leur apparence mais sur ce qu’ils sont réellement au plus profond d’eux même.

Une star est née, la nouvelle suivante, est justement dans ce thème. Puisque ce qui semble mauvais au père sera en fait l’atout de son fils pour réussir.

Graffitiest probablement une des nouvelles les plus tristes du recueil. Elle m’a beaucoup émue. Et son message est tellement vrai: n’oubliez pas d’aimer les gens tant qu’ils sont là.

L’or de Xoliswa est l’histoire d’une revanche sur la vie. Elle permet de se remonter le moral après Graffiti et c’est réussi. Encore une belle histoire qui sait nous toucher.

Richard, entre ombre et lumière, la nouvelle suivante, est un hymne à la musique Reggae qui nous rappelle qu’il faut bien peu de choses pour être heureux.

Comme s’il était trop tard est l’histoire d’une rencontre, d’un heureux hasard auxquels on devrait tous être toujours ouverts.

Matin félin est une tranche de vie anodine. Et comme la narratrice moi aussi je veux être un chat domestique dans une autre vie.

Il est tard et je m’en vais est une belle histoire d’amour entre un chien et son maître. Mais c’est aussi une petite critique un brin grinçante de notre manque de sensibilité crasse et notre égocentrisme commun.

Une femme qui me regarde est l’histoire d’une quête. D’un homme qui abandonne femme et enfants à la recherche d’un idéal de beauté pour finalement se rendre compte que la beauté était chez lui mais que le monde n’arrête pas de tourner pour lui. C’est une nouvelle un peu douce-amère.

Mémoires est l’histoire d’un arbre témoin de la société des humains pendant des années. Cette nouvelle donne une petite connotation écologique à l’ensemble. Un bel hommage à la nature.

Poussière de roi nous conte les derniers mots de Louis Auguste Louis XVI juste avant sa pendaison. Elle nous montre l’homme derrière le souverain. Elle nous rend donc l’humain.

Loin de Puerto Eden nous montre le côté destructeur et l’intolérance de notre société qui a imposé ses vues sur le reste du monde. Par le regard d’une Indienne d’Amérique du Sud on appréhende la terrible disparition d’une culture.

Au jardin nous ramène au thème des apparences auxquelles il ne faut pas se fier par le biais d’un dialogue entre trois objets aux fonctions différentes. Un bon rappel que l’important n’est pas toujours là où on le pense.

Ronchon, chat d’exception, est une des nouvelles les plus drôles du recueil ainsi qu’un hommage aux chats qui aiment tant leur tranquillité et leur indépendance.

Anubis ou encore l’histoire d’un chat ou plutôt de l’amour d’une maîtresse pour son chat sous le regard désapprobateur de ses voisins. L’auteur réussit ici à nous montrer le point de vue de l’intolérant sans pour autant le condamner. Au final on le plaint et c’est tant mieux.

La piscine est une nouvelle sur nos attentes surtout celles qu’on a des autres.

Retour à la religion avec Les fruits de la passion qui revisite le mythe d’Abel et de Caïn. On se prend à apprécier Caïn le fermier qui produit pour ses pairs. Et on se surprend à être un peu agacé par Abel, le rêveur qui profite du fruit du labeur de son frère. Puis on les plaint tous les deux pour la tragédie qui les touche. L’enfer est pavé de bonnes intentions oui mais...

Marathon la nouvelle suivante nous rappelle que le bonheur, l’émerveillement et la vie est souvent à côté du chemin. Un hymne à la vie dans toute sa différence et une critique simple et efficace de l’uniformisation.

Comme une petite flamme qui vibre est une nouvelle plus noire (enfin grise) sur l’uniformisation et ses dérives. Autant Marathon nous donne espoir autant Comme une petite flamme qui vibre nous l’enlève.

Le Soleil se lève à Manaus est une nouvelle déroutante: l’utopie d’une autre société plus juste à l’écart de notre société actuelle .

Enfin la dernière nouvelle est épistolaire. C’est la lettre d’une femme (l’auteure?) à son ange gardien. Le récit d’une vie.

Finalement, je ne pensais pas vous présenter chaque nouvelle mais c’est chose faîte.

Pour résumé, ce recueil nous rappelle que la bonté, la tendresse, la tolérance, l’altruisme sont des qualités qui ne lèsent pas les gens mais les grandissent. Je tiens à remercier les Editions Chloé des Lys et le forum d’Accroc et Mordu pour m’avoir fait découvrir ce recueil qui se place dans mes coups de cœur de cette année 2012. Vraiment merci!