Très court roman ou nouvelle, Le pays creux est un conte atypique.
Située au Moyen Âge, l'histoire nous fait suivre Florian de Liliis, le narrateur, de son enfance à sa vieillesse. Par ses souvenirs, Florian nous entraîne dans sa vie : depuis l'adoration de son frère aîné jusqu'à la vengeance face à l'affront qui lui était fait ; depuis sa découverte du pays creux jusqu'à sa quête pour le retrouver.
Le pays creux, sorte de paradis alternatif, est le Graal du narrateur et personnage principal, Florian. C'est un lieu enchanteur où Florian rencontre son premier et unique amour. Ce pays creux a de nombreux points communs avec les mondes des Sidhes dans les mythologies celtes : à la fois très proche et hors de portée, le temps semble y couler différemment et on y accède par des sortes de portes magiques situées dans des lieux reculés et réputés hantés. Attention, ici, toutefois, nous sommes dans un roman très chrétien et Florian, très croyant, explique que le Pays Creux est l’œuvre de Dieu. D'ailleurs, ce côté paradis alternatif est renforcé par la nécessité d'avoir trouvé une totale rédemption pour y accéder.
Le point de vue religieux est d'ailleurs quasi omniprésent dans le roman : les chevaliers sont tous très croyants. Le monde où ils évoluent pourrait presque être considéré comme un purgatoire où chacun doit faire son chemin pour choisir entre l'Enfer et le Paradis … et le Pays Creux. Ce caractère religieux chrétien est assez inhabituel dans les contes, bien qu'il puisse y être présent. De mon point de vue, il constitue donc un récit atypique.
La quasi-totalité des éléments classiques du conte est, par contre, présente. L'auteur nous plonge dans un Moyen Âge idéalisé : de valeureux et preux chevaliers à l'esprit vengeur, une vilaine sorcière/reine/usurpatrice, des batailles, une quête, une morale... Si ce n'est pas un conte, qu'est-ce ?
William Morris et son Pays Creux sont considérés comme les fondateurs de l'heroic fantasy comme nous les connaissons aujourd'hui. En effet, à plus d'un titre, ce roman en constitue une œuvre typique, pour ne citer que quelques points classiques du genre : le Moyen Âge, les chevaliers, la magie de la lande et du pays creux. Il apparaît donc logique qu'une telle œuvre ait inspirée d'autres auteurs qui ont ensuite ajouté les briques et développé le genre.
Le vocabulaire, volontairement désuet, voire archaïque utilisé par l'auteur apporte un charme particulier à ce roman du XIXème siècle ce qui, finalement, correspond assez bien au propos. Une remarque toutefois : à mon sens, le récit perd dans la traduction en français. Je m'explique... Loin de moi l'idée de critiquer le travail du traducteur, c'est simplement le fait d'avoir traduit l’œuvre qui me dérange un peu : je n'aurais probablement pas fait les mêmes choix. Ainsi, par exemple, le titre en version originale est The Hollow Land... en tant que geekette en puissance, Hollow Land pour moi c'est comme Hollow Man donc l'homme invisible et par extension « Le pays invisible », plutôt que creux, qui rappelle pourtant le terrier. Passé ce petit souci linguistique, la littérature et le style du XIXème sont, à mon goût, très agréables.
De plus, le style est assez typique de l'époque où le roman a été écrit. En effet, on s'intéresse ici peu aux caractères des personnages : untel est la vengeance, untel permet la rédemption, toutefois on sait peu de choses sur leur caractère intrinsèque. Par contre, on plonge à corps perdu dans les pensées de Florian, dans son analyse des situations a posteriori ainsi que dans les descriptions des lieux, comme si ces derniers et l'action prenaient l'avantage sur l'humain, résumé aux pensées d'un unique individu. Dernière petite remarque au sujet de la forme du récit : j'avoue qu'on est parfois un peu perdu en ce qui concerne l'histoire ou l'action, mais j'ai mis ça sur le compte de l'âge du narrateur à la fin de l'histoire ; après tout il avoue lui même ne plus avoir toute sa tête... Comment, alors, le récit pourrait-il être parfaitement net et structuré ? Les souvenirs, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, puisque leur perception est forcément subjective : elle dépend de ce qu'on était à l'époque et de ce qu'on est lorsqu'on les raconte.
Somme toute, j'ai beaucoup aimé découvrir ce récit à la base de l'heroic fantasy, mon genre de prédilection. Je remercie donc les Éditions Aux Forges de Vulcain ainsi que le Sanctuaire de la Lecture de m'avoir mis ce petit roman entre les mains.
Située au Moyen Âge, l'histoire nous fait suivre Florian de Liliis, le narrateur, de son enfance à sa vieillesse. Par ses souvenirs, Florian nous entraîne dans sa vie : depuis l'adoration de son frère aîné jusqu'à la vengeance face à l'affront qui lui était fait ; depuis sa découverte du pays creux jusqu'à sa quête pour le retrouver.
Le pays creux, sorte de paradis alternatif, est le Graal du narrateur et personnage principal, Florian. C'est un lieu enchanteur où Florian rencontre son premier et unique amour. Ce pays creux a de nombreux points communs avec les mondes des Sidhes dans les mythologies celtes : à la fois très proche et hors de portée, le temps semble y couler différemment et on y accède par des sortes de portes magiques situées dans des lieux reculés et réputés hantés. Attention, ici, toutefois, nous sommes dans un roman très chrétien et Florian, très croyant, explique que le Pays Creux est l’œuvre de Dieu. D'ailleurs, ce côté paradis alternatif est renforcé par la nécessité d'avoir trouvé une totale rédemption pour y accéder.
Le point de vue religieux est d'ailleurs quasi omniprésent dans le roman : les chevaliers sont tous très croyants. Le monde où ils évoluent pourrait presque être considéré comme un purgatoire où chacun doit faire son chemin pour choisir entre l'Enfer et le Paradis … et le Pays Creux. Ce caractère religieux chrétien est assez inhabituel dans les contes, bien qu'il puisse y être présent. De mon point de vue, il constitue donc un récit atypique.
La quasi-totalité des éléments classiques du conte est, par contre, présente. L'auteur nous plonge dans un Moyen Âge idéalisé : de valeureux et preux chevaliers à l'esprit vengeur, une vilaine sorcière/reine/usurpatrice, des batailles, une quête, une morale... Si ce n'est pas un conte, qu'est-ce ?
William Morris et son Pays Creux sont considérés comme les fondateurs de l'heroic fantasy comme nous les connaissons aujourd'hui. En effet, à plus d'un titre, ce roman en constitue une œuvre typique, pour ne citer que quelques points classiques du genre : le Moyen Âge, les chevaliers, la magie de la lande et du pays creux. Il apparaît donc logique qu'une telle œuvre ait inspirée d'autres auteurs qui ont ensuite ajouté les briques et développé le genre.
Le vocabulaire, volontairement désuet, voire archaïque utilisé par l'auteur apporte un charme particulier à ce roman du XIXème siècle ce qui, finalement, correspond assez bien au propos. Une remarque toutefois : à mon sens, le récit perd dans la traduction en français. Je m'explique... Loin de moi l'idée de critiquer le travail du traducteur, c'est simplement le fait d'avoir traduit l’œuvre qui me dérange un peu : je n'aurais probablement pas fait les mêmes choix. Ainsi, par exemple, le titre en version originale est The Hollow Land... en tant que geekette en puissance, Hollow Land pour moi c'est comme Hollow Man donc l'homme invisible et par extension « Le pays invisible », plutôt que creux, qui rappelle pourtant le terrier. Passé ce petit souci linguistique, la littérature et le style du XIXème sont, à mon goût, très agréables.
De plus, le style est assez typique de l'époque où le roman a été écrit. En effet, on s'intéresse ici peu aux caractères des personnages : untel est la vengeance, untel permet la rédemption, toutefois on sait peu de choses sur leur caractère intrinsèque. Par contre, on plonge à corps perdu dans les pensées de Florian, dans son analyse des situations a posteriori ainsi que dans les descriptions des lieux, comme si ces derniers et l'action prenaient l'avantage sur l'humain, résumé aux pensées d'un unique individu. Dernière petite remarque au sujet de la forme du récit : j'avoue qu'on est parfois un peu perdu en ce qui concerne l'histoire ou l'action, mais j'ai mis ça sur le compte de l'âge du narrateur à la fin de l'histoire ; après tout il avoue lui même ne plus avoir toute sa tête... Comment, alors, le récit pourrait-il être parfaitement net et structuré ? Les souvenirs, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, puisque leur perception est forcément subjective : elle dépend de ce qu'on était à l'époque et de ce qu'on est lorsqu'on les raconte.
Somme toute, j'ai beaucoup aimé découvrir ce récit à la base de l'heroic fantasy, mon genre de prédilection. Je remercie donc les Éditions Aux Forges de Vulcain ainsi que le Sanctuaire de la Lecture de m'avoir mis ce petit roman entre les mains.