jeudi 1 novembre 2012

"La dame sombre" d'Ambre Dubois - Editions du Chat Noir

La Dame Sombre, d'Ambre Dubois, est une plongée au delà du mur d'Hadrien, dans l'Écosse des Pictes lorsque les Romains tentaient d'étaler leur domination sur toute l'Europe occidentale. C'est donc une plongée dans une Histoire lointaine et mal connue auprès d'un des plus méconnus peuples, les Pictes.
Pour se replacer dans l'Histoire, dans les premières siècles après Jésus Christ, les Romains étendent leur autorité sur toutes les terres depuis les îles Britanniques (au sud du mur d'Hadrien) jusqu'aux confins de l'Asie Mineure. Les peuplades d'Écosse repoussées au nord du mur d'Hadrien sont les derniers celtes. A l'heure actuelle, notre point de vue sur l'histoire est celle des Romains et c'est toujours ce point de vue qui nous est présenté. Les Celtes sont des barbares et les Romains apportent les bienfaits de la civilisation, ainsi que le christianisme.
Le point de vue est ici différent. Ambre Dubois nous plonge dans le quotidien entre guerres et superstitions des derniers celtes (bien qu'on ne soit pas sûr que les Pictes étaient des celtes). En fait, dans l'imaginaire ordinaire, les Romains, devenus chrétiens, sont les porteurs de la civilisation et conquièrent les terres barbares des païens ignares et belliqueux (voire plus si manque d'affinité). L'auteur nous dépeint donc les barbares et on les découvre civilisés et très proches de la nature. Ils connaissent les plantes médicinales, vouent un culte à la mère Nature et la respectent profondément. Ils ont des croyances anciennes dont certaines ont perduré jusqu'à aujourd'hui et dont la plupart ont été réutilisées par les chrétiens dans leurs fêtes et leurs rites lors de l'évangélisation des peuples européens. Très documentée, l'auteur nous livre un ensemble cohérent et on prend plaisir à découvrir un peuple, une histoire d'un point de vue original.
Digne héritière des légendes et de la mythologie celte, l'histoire flirte avec le fantastique et la fantasy : la mythologie celte est l'une des bases principales de la fantasy moderne. De la magie, des vampires, des événements ésotériques : le récit colle alors davantage à la culture celte. On est plongé dans un univers riche et documenté sur le folklore de l'imaginaire celte. Vous n'y connaissez rien et à ce stade de ma chronique? Vous vous dites que ce roman n'est pas pour vous parce que vous ne comprendrez rien à toute cette mythologie celtique ? Pas du tout, l'auteur vous donnera toutes les clés pour bien comprendre le récit, sa base historique et mythologique. Vous apprendrez qui étaient les Tuatha de Danaan et les druides. Vous découvrirez une culture, des croyances, des mythologies que vous aurez probablement déjà rencontrée dans d'autres récits qui s'en inspirent.

Tout ça est bien joli, mais y a-t-il bien une histoire derrière tout ça ? En effet, c'est celle de Mévéa, une superbe jeune femme qui se réveille amnésique au pied d'un cromlech. Recueillie par le clan picte de l'Aigle, elle va, peu à peu, trouver sa place et aider le clan à faire face à l'envahisseur romain.
Bien que les ficelles soient parfois un peu grosses, quant à la relation entre Mévéa et Galen par exemple, on ne peut prévoir certains rebondissements et l'ensemble a beaucoup de rythme.
Mévéa, personnage principal et narratrice, est bien mystérieuse : amnésique, elle a des capacités hors normes qui la différencient des autres personnages. Profondément humaine, c'est une héroïne qui allie forces et faiblesses dans un mélange étonnant et réussi.
Les autres personnages sont relativement stéréotypés : Galen est l'archétype du gentil guerrier, par exemple, ou encore Morcant est un vampire classique, bien que pétri d'honneur...
L'originalité ne vient donc pas forcément des personnages, dont certains disparaissent totalement du récit alors qu'ils sont décrits dans le détail. Cependant, l'histoire de La Dame Sombre est agréable : une étonnante trahison dont on ne peut soupçonner l'auteur, ni les motivations. Finalement, ce roman, le premier d'une série, est un excellent premier tome, justement : on découvre un univers riche, on met en place des bases solides et suffisamment vastes pour construire une série qui promet d'être de grande qualité.

Malgré une petite coquille qui m'a dérangée en début de récit, la plume d'Ambre Dubois est à la hauteur de son sujet et la lecture est agréable, sans les lourdeurs et les longueurs de certains classiques du genre.

Une plongée dans une période méconnue de l'Histoire, documentée et convaincante, un récit riche et haletant, La Dame Sombre est assurément l'un de mes coups de cœurs de cette année 2012. J'ai vraiment hâte d'en lire la suite et je tiens à remercier l'auteur Ambre Dubois pour ce partenariat ainsi que le Sanctuaire de la lecture.

jeudi 6 septembre 2012

« L'ère des phalanstères » de Gil Braltard - Editions Céléphaïs


Avant d'entamer ma chronique, je tiens à prévenir que certains passages risquent de révéler des informations sur l'histoire de « L'ère des phalanstères ».

« L’Ère des Phalanstères » est un roman d'anticipation dont l'action se déroule dans un futur proche. Après avoir dévasté la Terre, pour survivre, les humains habitent des phalanstères, cités-Arches peuplés de millions d'individus qui vivent en parfaite autarcie sous le culte de Gaïa, la déesse Terre. Des règles strictes régissent les phalanstères sous la férule des prêtres de Gaïa : « En pensées seulement tu voyageras » parmi d'autres.
Toutefois, les phalanstères et le culte de Gaïa ne sont peut-être pas ce qu'ils semblent être.

L'histoire que nous conte Gil Braltard dans ce premier roman est une fable écologique et une réflexion sur la liberté. Un bon roman d'anticipation doit nous interroger sur nous mêmes et sur notre rapport à la société, à notre planète. Il doit tenter de répondre à des questions comme : « et si on continue sur cette voie, où va-t-on aboutir ? ». Ce roman est une réponse possible à cette question et à plusieurs autres, traditionnelles de l'anticipation. Le monde que nous décrit l'auteur est une société bipolaire entre l'intérieur et l'extérieur des phalanstères.
L'intérieur des phalanstères est une société de loisirs régie par la religion : les activités sont toutes plus ou moins en lien avec les préceptes du culte de Gaïa. Une part importante des loisirs dépend d'un univers virtuel dans lequel les habitants des phalanstères voyagent. Certains humains, les translimits, ne cèdent cependant pas aux règles et cherchent à enfreindre tous les interdits dont le plus important : sortir du phalanstère. Une sortie est une aventure risquée qui peut mener à la mort par AVC.
L'extérieur des phalanstères est également une société de loisirs mais régie par les simples envies et volonté de chacun de ses membres. Envie de dîner au sommet de l'Everest ? Pas de souci prenez votre astrojet et vous y serez en quelques minutes.
Dans les deux sociétés, les êtres humains cohabitent avec des intelligences artificielles, des robots doués de raison et de conscience mais qui ont été programmés pour servir les humains. Les robots sont un thème classique de la science fiction et ceux-ci à l'image de nombres des robots de la littérature tiennent beaucoup des robots d'I. Asimov qui est d'ailleurs cité dans le livre. En parlant des robots, on rencontre aussi le fameux fantôme dans la machine, thème classique du genre que l'on retrouve dans nombres d'oeuvres de science fiction : Matrix, Ghost In the Shell, IA (Asimov encore)...
Thèmes classiques de l'anticipation, thèmes classiques de la science fiction, « L'Ere des Phalanstères » ne paraît donc pas très original. Son originalité, en effet, ne tient pas dans les thèmes abordés mais par les réponses qui y sont apportées ainsi que par la part importante que joue la religion en tant que contrôleur des foules.
Pour finir sur le contenu du roman, ma foi en tant que fan de science fiction ça ne pouvait que me parler.

Passons ensuite aux personnages...
Globalement, je les ai trouvés relativement insipides. De nombreux personnages ont des traits communs et évoluent en parallèle.
Commençons par les deux personnages principaux, Inako et Mikhaïl, deux personnages qui se ressemblent beaucoup de part leur questionnement constant. Ce sont des personnages miroirs. Chacun a besoin d'un autre personnage pour le pousser à continuer d'avancer, ce sera Cassius pour Inako et Watson ainsi que Marcello pour Mikhaïl. Cassius, Watson et Marcello sont du coup plus intéressants mais bien moins développés... dommage. Watson et son impertinence m'ont pourtant beaucoup amusée.
Padre Mishal et le Magister Moore ont tellement de points communs qu'on est pas surpris lorsqu'on découvre qu'ils sont la même personne.
Bref bref, j'ai été un peu déçue par cette galerie de personnages qui finalement passent complètement au second plan derrière l'histoire.
Un dernier détail au sujet des personnages, Tox, le pingouin n'a fait que confirmer ce que je pensais depuis maintenant de longues années : le monde est régi par les pingouins ! Bon ok, si on a pas été au lycée avec moi on ne peut pas autant savourer la présence, l'omniscience et l'omnipotence de ce pingouin mais bon quand même... il faut se méfier des pingouins c'est eux qui dirigent le monde... à moins que ce ne soit les souris comme dans H2G2 mais je m'égare.

L'écriture est soignée, simple et facile d'accès. Si le côté scientifique aseptisé de la science fiction vous rebute, ici vous trouverez votre bonheur. Pas de concept philosophique ou scientifique compliqué, le roman est à mon sens tout public.
On notera cependant quelques maladresses qui peuvent être mises sur le compte d'étourderie ou d'un manque d'expérience : c'est un premier roman. Somme tout ça se lit très bien !
C'est un roman très riche qui met en place beaucoup de bonnes idées, beaucoup de références à la BD, à la science fiction et à l'univers geek dans son ensemble (Tox c'est Tux de Linux non ?). Du coup on en oublie un peu le manque de profondeur des personnages et on s'interroge, on se révolte et on savoure l'action.

Pour finir, ce roman est une très très bonne découverte. Je suis vraiment ravie d'avoir pu le découvrir. Merci aux Editions Céléphais et au forum Accros et Mordus de me l'avoir fait découvrir. Gil Braltard est un auteur que je ne manquerai pas de suivre.

dimanche 2 septembre 2012

"Orages" de Céline Gierts - Editions Chloé des Lys

« Orages » est l'histoire d'un amour et d'une rencontre. D'abord, il y a « Elle » à qui la vie n'a pas fait de cadeaux. Ses enfants en vacances, elle se retrouve seule entre les 4 murs de sa maison. Elle n'a plus de rêve, plus de but, elle est comme extérieure à la vie. Puis il y a « Lui » jeune, libre et plein de rêves et de projets. Enfin il y a LA rencontre : celle qui change leur vie.
« Orages » est un hymne à la vie, à l'amour, à l'humanité. C'est l'histoire de LA rencontre celle qui bouleverse tout ce qu'on pensait sur nous-mêmes et sur notre vie à l'image d'un orage d'été. C'est un roman qui nous rappelle que les émotions que nous ressentons nous font avancer, et que les épreuves ne durent qu'un temps et qu'elles nous construisent. C'est un roman qui nous promet un bel avenir mais qui nous rappelle que le plus important est de vivre le moment présent. Bref c'est un roman à lire !
Un roman d'amour plein de bons sentiments ? Oui et non... « Orages » porte particulièrement bien son titre : les événements racontés sont un orage dans la vie des deux protagonistes. On y rencontre l'amour, la bonté, l'humanisme mais aussi, et surtout, les doutes... Doit-on se laisser atteindre ? Comment doit-on se comporter ? Qu'en diront les voisins ? Doit-on faire taire toutes nos règles, nos conventions et simplement vivre ? « Orages » est une réponse à ces questions. Attention, on n'est pas dans un roman à l'eau de rose gnangnan, ni même dans une vision idyllique de la vie. Les personnages ont leur passé (lourd), leurs fêlures, leurs doutes, leurs espoirs, leurs projets (ou l'absence de projet). Les personnages sont bien construits. « Elle » est particulièrement développée. Elle est un personnage complexe et profond. « Il » est quelqu'un de plus simple car il se contente de ce que la vie lui apporte et construit son avenir tout en profitant du présent. Ces deux êtres que tout oppose au départ vont se trouver et se changer mutuellement.
Les deux protagonistes n'ont pas de noms : ils sont vous, moi, n'importe qui. Cette caractéristique nous permet de nous identifier plus facilement aux héros et de transposer leur histoire à notre propre existence.
Ils parlent peu et on explore le point de vue d' « Elle » : on est dans son esprit. La quasi absence de dialogue donne un aspect très naturel à leur relation. Par comparaison, les parties les plus dialoguées sont celles avec d'autres êtres humains : elles sont plus artificielles. Ce sont des politesses, des obligations. Cette opposition entre le côté naturel de la rencontre et le côté artificiel de la vie humaine est un autre point important du récit. En effet, on a ici, comme dans tous les livres des Editions Chloé des Lys que j'ai pu lire, une histoire profonde à la limite de la spiritualité où le respect de l'autre et de la nature est primordial. C'est un aspect qui me paraît important surtout dans une société aseptisée comme la nôtre.

L'écriture est fluide et simple. Tellement simple que j'ai parfois été un peu perdue : « Elle » et « Lui » n'ont pas de noms comme je l'ai déjà dit... Du coup par moment, les pronoms possessifs « son » et autres « sa » ne me paraissaient pas très clair: je ne savais plus de qui on parlait.

Dans tous les cas, ce défaut reste bien minime par rapport à la qualité de l'ensemble. « Orages » est vraiment un coup de cœur pour moi. J'ai beaucoup aimé cette rencontre et les enseignements qu'on peut en tirer. Merci beaucoup aux Editions Chloé des Lys et au forum Le Sanctuaire de la Lecture pour m'avoir donné la possibilité de découvrir ce petit trésor.

"La Balançoire" de Raymonde Malengreau - Editions Chloé des Lys

« La balançoire » est un court recueil de nouvelles qui porte particulièrement bien son nom. Les nouvelles, oscillant entre espoir et désespoir, nous interrogent et nous déstabilisent.

L'écriture de qualité sert des récits variés et percutants. Ici pas de fioritures linguistiques, on va directement à l'essentiel ce qui, à mon sens, est particulièrement appréciables : des textes concis et bien écrits!

Les nouvelles parcourent des thèmes variés et universels qui vont faire écho à notre propre présent et passé.
De l'enfance qui ne rime pas avec innocence de « La Balançoire » alors qu'elle rime bien mieux avec dans « L'Alcôve » à l'amour absolu dont seuls les enfants sont capables dans « L'arbre à clous », on s'interroge sur ce qu'on était nous mêmes lorsqu'on était enfant. Hors des sentiers battus, on oscille ici entre deux pôles : enfance et innocence à la fameuse cruauté enfantine.
De nombreuses nouvelles nous montrent des choix. Pour le meilleur dans « Marivaudage » ou de façon plus matérialiste dans « Fruit défendu », les choix sont toujours complexes et même avec les meilleures intentions du monde, le mal peut poindre le bout de son nez sans prévenir comme dans « Rédemption », nouvelle particulièrement cruelle.
L'amour est aussi exploré ici : de l'amour pur du protagoniste de « La dame aux coquelicots » à l'amour compétition dans « La Rivale ». Encore une fois, on oscille entre différents points de vue bénéfiques ou pas sur un sentiment, une émotion qu'on connaît tous.
Le recueil nous rappelle aussi quelques vérités comme le fait qu'on est souvent notre propre ennemi, ou qu'on peut se contenter de ce que nous propose la nature et la vie ou encore qu'en l'être humain, le bon et le mal cohabitent et chacun est un savant mélange de ces deux aspects.
« Transhumance » est une fable écologique sur les méfaits de la science et sur le respect de la nature. Sur ce dernier point, elle rejoint « L'arbre à clous ». Cette dernière nouvelle, la dernière du recueil, est probablement la nouvelle que j'ai préférée : cet arbre vénérable m'a en quelque sorte fascinée (les arbres, surtout les vieux arbres, ont cet effet sur moi) toutefois, elle contient une tristesse douce-amère. C'est ce constant mélange de clair-obscur qui m'a interpellé sur ce recueil.

A la fin de la lecture, j'avais un arrière goût âcre dans la bouche : un trop plein de pessimisme mêlé à un brin d'optimisme... puis cette mélancolie de tous les instants.

"La balançoire" est un recueil qui ne peut vous laisser indifférent. Une réussite ? Oui, assurément, mais on attendait peut être un peu plus d'optimisme sur la fin.

Pour conclure, je tiens à remercier les Editions Chloé des Lys et le forum Le Sanctuaire de la Lecture pour cette découverte.

mercredi 6 juin 2012

Naya tome 1 - Natacha Catel - Editions Persée

Naya a 16 ans et cet été ses parents l'envoient en colonie de vacances du jour au lendemain. Quitter sa famille, ses amis est une grande première pour la jeune fille. Elle n'est pas encore arrivée à Astrelof que des choses étranges commencent à se produire. Cette colonie n'est pas aussi normale que Naya le pensait et accompagnée de nouveaux amis qu'elle y rencontre, Naya va mener l'enquête afin de comprendre enfin ce qui se déroule autour d'elle. La jeune héroïne ne sera pas au bout de ses surprises.

Roman jeunesse et premier tome d'une série, forcément ce livre n'est pas aussi abouti qu'on aurait pu l'espérer. L'univers n'est ici qu'entrevu et il est finalement relativement difficile de s'en faire une idée précise. Somme toute, c'est un monde qui semble prometteur et qui devrait permettre à l'auteur d'explorer beaucoup d'aspects de son univers : l'auteur va pouvoir nous emmener n'importe où. Ce point particulier du livre est à mon sens une très bonne chose. En effet, on ne pourra qu'être étonné de la tournure que prendront les événements dans la suite de la série.
D'un point de vue général, l'intrigue paraît simpliste, les épreuves et autres énigmes sont résolues facilement par les personnages. Bref l'ensemble paraît un peu facile. C'est une critique que je ferais à bon nombre de romans jeunesse et ce premier tome des aventures de Naya n'est hélas sans surprise de ce point de vue là. Toutefois, une fois encore, ce premier tome laisse entrevoir des possibilités nombreuses et variées pour une suite plus complexe et construite.
Comme pour le reste du récit, les personnages me paraissent manquer un peu de coffre, de profondeur. Certains personnages qui semblent importants au début, je pense ici en particulier aux amis quotidiens de Naya, disparaissent complètement du récit dès l'arrivée à la colonie. J'ai trouvé ça dommage car l'auteur avait réussi à me convaincre de l'amitié sincère entre ces personnages et du coup j'ai été étonnée de ne plus en entendre parler : pourquoi n'essaient ils pas de contacter Naya ? Et inversement ? Par opposition, j'ai eu plus de mal avec les liens qui relient Naya et ses nouveaux amis à la colonie : j'ai trouvé ça un peu rapide mais finalement assez adolescent.
L'écriture est simple et fluide tout à fait à l'image de ce qu'on attend dans un roman jeunesse.

En résumé, La colonie d'Astrelof est le tome 1 d'une série jeunesse d'héroic fantasy qui n'invente rien, n'approfondit rien. Bref c'est, pour moi, une introduction pour une série qui pourrait tout à fait tirer son épingle du jeu. En attendant de lire le tome 2, je remercie les Editions Persée et le forum du Sanctuaire de la lecture pour ce partenariat.


dimanche 25 mars 2012

En passant par Israël de Mireille Pierson - Editions Chloé des Lys

Roman initiatique classique, En passant par Israël nous fait partager la vie de Laura. Troisième fille d’une famille modeste, Laura est une surprise. Cet état de fait la poussera sans arrêt à rechercher sa place auprès de ses proches. Il s’agit donc d’une plongée dans la construction d’une personne, d’une personnalité. Nous suivons Laura de sa plus tendre enfance à l’accomplissement de sa construction: quand elle se retrouve enfin entière et en accord avec elle-même.

Ce court roman est donc avant tout un chemin: le parcours d’une âme pour trouver sa place dans ce bas-monde. Il pioche à la fois dans la psychologie, la psychanalyse ou la philosophie.
Il y a d’abord l’enfance et ses blessures indélébiles qui forgent un individu. Il y a ensuite le drame dans toute son horreur et son traumatisme. Puis il y a le voyage et la découverte progressive de soi et de son âme. Enfin il y a la délivrance: l’acceptation de son être dans son intégralité et l’acceptation de la vie dans ses douleurs et ses joies.
C’est donc ce parcours que nous livre l’auteur dans un récit où se mêle ombre et lumière à l’image de la vie. Laura c’est vous... c’est moi... c’est chacun de nous et personne à la fois.
Malgré une nette bonne volonté l’auteur n’arrive toutefois pas à sortir des poncifs ordinaires ultra connus de la psychologie et de la spiritualité. Rien d’original à attendre de ce côté là.

Du côté des personnages, l’auteur nous peint des personnages suffisamment complexes et cohérents.
Touchante, son héroïne Laura l’est assurément. Elle est le personnage principal. L’auteur nous montre comment se crée ses blessures et les moyens que le personnage met en œuvre pour s’en affranchir, s’en guérir. Sa psychologie est donc très poussée et c’est un personnage très construit.
Autour de Laura gravite sa famille:
- sa mère, une femme forte, le pilier sur lequel chacun s’appuie.
- Son père qui sera le catalyseur des blessures, un homme fragile.
- Et ses sœurs qui mettent en lumière la différence de construction de soi dans une même fratrie et illustrent parfaitement qu’une même situation aura des effets fort différents sur les individus selon leur tempérament ou leur vécu respectif.
La vie ce n’est pas que soi et sa famille c’est aussi les amis, les rencontres, les épreuves... Assez manichéen sur ce point, les amis de Laura vont systématiquement l’aider à avancer. Alors que d’autres personnages qu’on ne peut pas qualifier d’ennemis vont systématiquement lui porter préjudice. Peu de personnages arrivent à faire le lien entre ces deux extrêmes. Citons José ou Djon qui sont de parfaits ersatz du père de Laura. Au passage, rien de bien étonnant: c’est de notoriété publique qu’on recrée régulièrement les mêmes situations.
Dans l’ensemble les personnages sont donc plutôt manichéens mais suffisamment construits pour être crédible.

La vie de Laura est détaillée, l’auteur analyse parfaitement la construction de son personnage, comment les événements l’ influencent, le changent. Sans s’affranchir des classiques du genre, c’est un roman initiatique efficace. Emprunt de spiritualité, on a l’impression que l’auteur y a déversé beaucoup de sa personne et de son propre parcours. Un petit bémol ce pendant, à titre personnel, j’ai trouvé que la mise en place des petites fêlures de l’héroïne prennent beaucoup de place par rapport à ses démarches de construction de soi et de spiritualité. Puis quand tout va enfin bien pour elle c’est fini... à croire qu’on ne pouvait être spectateur/lecteur que des noirs passages de la vie de Laura et que son HappyEverAfter est privée et qu’il serait indiscret de chercher à en savoir davantage. J’admet volontiers que l’important n’est pas le but mais le chemin. Cependant, j’ai eu une impression de fin un peu trop rapide. L’enfance est extrêmement développé puis les étapes sont de moins en moins développé comme un grand coup d’accélérateur sur le chemin. Petit bémol donc pour moi de ce côté là.
Passons à présent à un aspect plus technique... L’écriture est simple et accessible. Le roman est facile à lire et vraiment abordable ce qui est un gros point positif pour le genre. En effet, les romans initiatiques sont souvent difficiles à lire par leur digression philosophique intempestive. Ici, bien que le roman soit nettement affilié à la catégorie de part ses thèmes abordés et il reste un livre agréable et Mireille Pierson une auteure à suivre.


En résumé, des défauts, des qualités, En passant par Israël est un premier roman d’une auteure à suivre. C’est une agréable découverte et je remercie grandement les Editions Chloé des Lys et le forum Accroc et Mordu pour m’avoir permis de le lire.

L’ange gardien de Marie Claire George - Editions Chloé des Lys

25 nouvelles composent ce recueil. 25 tranches de vie. 25 récits courts et percutants.

Autant le dire tout net, en général j’aime les recueils de nouvelles. En fait j’aime le format de la nouvelle, sans fioriture, directement à l’essentiel. Ici j’ai été servie! Ces nouvelles sont autant de petites merveilles très efficaces.
L’écriture est de qualité: fluide et contemporaine. Les personnages, les situations sont touchantes, elles trouvent leur chemin jusqu’à l’imaginaire sans détour. Puis il en ressort une impression de tendresse et de sourire. Que ce soit par le voyage ou le plus infime événement de la vie quotidienne, Marie Claire George sait nous surprendre et nous faire partager les sentiments de ses personnages avec talent.
L’auteure nous rappelle également quelques grandes vérités importantes: il ne faut présager de rien ni de l’avenir d’un individu ni de sa personne. Un brin moralisateur me direz vous? Oui mais c’est si bien apporté que finalement on en reprendrait bien une couche de ces bons sentiments.

La première nouvelle est l’Ange Gardien. Il s’agit donc de la nouvelle qui donne son titre au recueil. C’est aussi celle dont une citation orne le quatrième de couverture:
«A votre âge, Arthur, vous pouvez prendre vos responsabilités. Je vous laisse quarante-huit heures pour découvrir une nouvelle vie à accompagner. Hâtez-vous, nous n’avons que faire d’anges oisifs. Le monde est aujourd’hui d’un danger! Croyez-moi, il y a de l’ouvrage pour tout le monde au paradis!»
Citation et nouvelle à l’image du recueil: à la fois drôle, légère et profonde. Cette première nouvelle est peut être même ma préférée du recueil. L’ange gardien Arthur et ses états d’âme m’ont amusée et touchée. On s’interroge aussi et on se prend à espérer qu’un ange gardien veille au dessus de notre épaule et qu’il nous guide de son mieux.

En souvenir de Salvador la nouvelle suivante m’a moins touchée. Ayant pour thème l’amour, elle m’a laissé un sentiment de mélancolie qui m’a légèrement déplu.

Le sourire d’Emilie, la troisième nouvelle, se dispute ma préférence (avec l’Ange Gardien). Je l’ai trouvé étonnante et extrêmement sensible. Elle nous pose aussi des questions: nous intéressons-nous réellement aux autres? à nos amis? à nos voisins? à ceux qui semblent seuls?

Aniadoué, la fille de la Lune est une nouvelle un peu moins politiquement correcte puisqu’elle nous conte les derniers mots d’un homme pour sa maîtresse. Une nouvelle remplie d’amour et sentiment. Une belle histoire d’amour.

Pour l’amour d’un desperado mêle avec brio les thèmes majeurs de ce recueil: le voyage, l’amour, et les faux semblants. Je m’explique, comme pour quasiment toutes les nouvelles les personnages ne sont pas uniformes. Ils ont une apparence donnée et un monde intérieur extrêmement riche et souvent en contradiction avec leur apparence. Marie Claire George nous rappelle ici qu’il ne faut jamais juger les sur leur apparence mais sur ce qu’ils sont réellement au plus profond d’eux même.

Une star est née, la nouvelle suivante, est justement dans ce thème. Puisque ce qui semble mauvais au père sera en fait l’atout de son fils pour réussir.

Graffitiest probablement une des nouvelles les plus tristes du recueil. Elle m’a beaucoup émue. Et son message est tellement vrai: n’oubliez pas d’aimer les gens tant qu’ils sont là.

L’or de Xoliswa est l’histoire d’une revanche sur la vie. Elle permet de se remonter le moral après Graffiti et c’est réussi. Encore une belle histoire qui sait nous toucher.

Richard, entre ombre et lumière, la nouvelle suivante, est un hymne à la musique Reggae qui nous rappelle qu’il faut bien peu de choses pour être heureux.

Comme s’il était trop tard est l’histoire d’une rencontre, d’un heureux hasard auxquels on devrait tous être toujours ouverts.

Matin félin est une tranche de vie anodine. Et comme la narratrice moi aussi je veux être un chat domestique dans une autre vie.

Il est tard et je m’en vais est une belle histoire d’amour entre un chien et son maître. Mais c’est aussi une petite critique un brin grinçante de notre manque de sensibilité crasse et notre égocentrisme commun.

Une femme qui me regarde est l’histoire d’une quête. D’un homme qui abandonne femme et enfants à la recherche d’un idéal de beauté pour finalement se rendre compte que la beauté était chez lui mais que le monde n’arrête pas de tourner pour lui. C’est une nouvelle un peu douce-amère.

Mémoires est l’histoire d’un arbre témoin de la société des humains pendant des années. Cette nouvelle donne une petite connotation écologique à l’ensemble. Un bel hommage à la nature.

Poussière de roi nous conte les derniers mots de Louis Auguste Louis XVI juste avant sa pendaison. Elle nous montre l’homme derrière le souverain. Elle nous rend donc l’humain.

Loin de Puerto Eden nous montre le côté destructeur et l’intolérance de notre société qui a imposé ses vues sur le reste du monde. Par le regard d’une Indienne d’Amérique du Sud on appréhende la terrible disparition d’une culture.

Au jardin nous ramène au thème des apparences auxquelles il ne faut pas se fier par le biais d’un dialogue entre trois objets aux fonctions différentes. Un bon rappel que l’important n’est pas toujours là où on le pense.

Ronchon, chat d’exception, est une des nouvelles les plus drôles du recueil ainsi qu’un hommage aux chats qui aiment tant leur tranquillité et leur indépendance.

Anubis ou encore l’histoire d’un chat ou plutôt de l’amour d’une maîtresse pour son chat sous le regard désapprobateur de ses voisins. L’auteur réussit ici à nous montrer le point de vue de l’intolérant sans pour autant le condamner. Au final on le plaint et c’est tant mieux.

La piscine est une nouvelle sur nos attentes surtout celles qu’on a des autres.

Retour à la religion avec Les fruits de la passion qui revisite le mythe d’Abel et de Caïn. On se prend à apprécier Caïn le fermier qui produit pour ses pairs. Et on se surprend à être un peu agacé par Abel, le rêveur qui profite du fruit du labeur de son frère. Puis on les plaint tous les deux pour la tragédie qui les touche. L’enfer est pavé de bonnes intentions oui mais...

Marathon la nouvelle suivante nous rappelle que le bonheur, l’émerveillement et la vie est souvent à côté du chemin. Un hymne à la vie dans toute sa différence et une critique simple et efficace de l’uniformisation.

Comme une petite flamme qui vibre est une nouvelle plus noire (enfin grise) sur l’uniformisation et ses dérives. Autant Marathon nous donne espoir autant Comme une petite flamme qui vibre nous l’enlève.

Le Soleil se lève à Manaus est une nouvelle déroutante: l’utopie d’une autre société plus juste à l’écart de notre société actuelle .

Enfin la dernière nouvelle est épistolaire. C’est la lettre d’une femme (l’auteure?) à son ange gardien. Le récit d’une vie.

Finalement, je ne pensais pas vous présenter chaque nouvelle mais c’est chose faîte.

Pour résumé, ce recueil nous rappelle que la bonté, la tendresse, la tolérance, l’altruisme sont des qualités qui ne lèsent pas les gens mais les grandissent. Je tiens à remercier les Editions Chloé des Lys et le forum d’Accroc et Mordu pour m’avoir fait découvrir ce recueil qui se place dans mes coups de cœur de cette année 2012. Vraiment merci!